Il faut dire que les exemples viennent de haut, parfois de très haut, au point de défrayer la chronique : faux médecins, architectes sans diplômes, quand ce n’est pas tel ou tel personnage médiatique, dont on découvre qu’il s’est targué de diplômes et de titres qu’il n’a jamais possédés…

Tricherie ou simple embellissement ?

Rédiger son CV est un art et tous les recruteurs savent bien que les candidats sont très tentés d’améliorer peu ou prou leur profil pour le rendre le plus attractif possible. Car il ne faut pas être naïf : bien souvent, la vérité ne paye pas. Laisser apparaître sur un CV une longue période d’inactivité, reconnaître un licenciement pour faute, même s’il s’agit d’une lointaine erreur de jeunesse, mentionner un échec à un examen… ce n’est pas la meilleure façon de passer le cap fatidique de la sélection sur dossiers. Alors, jusqu’où peut-on aller dans l’art du maquillage et des petits arrangements avec la vérité ?

Les constats

Il est très difficile de donner des chiffres précis sur les CV « truqués ». Ce que l’on sait, c’est que les « mensonges » sur CV, à des niveaux très variables, sont loin d’être rares. On parle d’un tiers des CV, voire plus, qui comporteraient des inexactitudes par rapport à la réalité.

Parmi les mensonges les plus fréquents :

  • cacher une période d’inactivité, en « lissant » les dates des autres emplois, bien réels ceux-là, en s’attribuant une période de petits boulots, ou encore en restant flou sur les dates…
  • s’attribuer de faux diplômes : transformer une licence en master, se déclarer titulaire du diplôme alors qu’on n’a fait que suivre la formation…
  • « gonfler » les postes que l’on a occupés : c’est facile, il suffit de jouer un peu sur les mots et « assistant en gestion de projet » se transforme en « responsable de projet »… Manager 50 personnes, c’est quand même mieux qu’avoir 3 ou 4 collaborateurs sous ses ordres…
  • surévaluer ses compétences : avoir quelques notions d’électromagnétisme suffit pour se proclamer expert et à partir de trois ou quatre mots d’anglais, on n’hésite pas se dire « fluent »…

On le constate : dans la plupart des cas, il s’agit d’aménagements de la réalité dans le sens d’un embellissement du profil et d’une survalorisation de ses compétences. Plus rares, sans doute, sont les pures affabulations qui consisteraient à se doter de diplômes, de responsabilités, de compétences, sans aucun rapport avec celles possédées, ou bien au-delà des capacités réelles. De telles fanfaronnades seraient bien trop vite démasquées et deviendraient rapidement dangereuses. Le plus souvent, on reste dans le domaine du vraisemblable, à défaut d’être dans le vrai !

Les risques à mentir sur son CV

D’abord, il y a des risques juridiques : ils ne sont pas à négliger. Cela peut aller jusqu’à l’annulation du contrat de travail conclu grâce à ces informations erronées. De plus, mentionner de fausses informations, mentir sur son CV, se fabriquer de faux diplômes peut constituer une infraction pénale qui tombe sous le coup de l’escroquerie.

Indépendamment de cela, se draper de qualités et de compétences que l’on n’a pas pose de nombreux problèmes : si vous n’en êtes pas convaincus, relisez la très belle fable de La Fontaine « Le geai paré des plumes du paon » : « Croyant être un beau personnage, quelqu’un le reconnut: il se vit bafoué, berné, sifflé, moqué, joué… »

Les recruteurs ne sont pas naïfs, ils sont à l’affût de la moindre incohérence et ne manquent pas de profiter de l’entretien pour tester la véracité des dires des candidats. Par ailleurs, une loi de décembre 1992 prévoit que les employeurs ont le droit et le devoir de vérifier les informations présentes sur un CV : ils ont le loisir de faire des contrôles de référence, de demander copie des diplômes ou encore de vérifier dans les annuaires des anciens des Ecoles. Dans le cas où il se trouve démasqué, l’auteur du CV truqué risque d’en payer lourdement les conséquences !

Allons encore plus loin : obtenir un poste grâce à des mensonges de grande envergure, c’est prendre un risque lourd : celui de se trouver en situation d’incompétence et d’échec professionnel, situation qui ne saurait durer très longtemps. Où est le réel bénéfice ?

Et s’il ne s’agit que de mensonges bénins ?

Tout « truquage » sur le CV, même infime, dès lors qu’il est démasqué, est en soi préjudiciable à son auteur. C’est le ver dans le fruit… Du point de vue de l’employeur, c’est le contrat de confiance qui est rompu : il n’y a pas de petite ou de grande tricherie, il y a tricherie… La confiance ne se partage pas, elle ne peut être que totale ou elle n’est pas.

Conseil pour rédiger son CV

D’un côté, un CV fade et sans relief n’incite guère le recruteur à voir en vous la perle rare qu’il rêve de découvrir. De l’autre, un CV trop imaginatif, gonflé à la manière d’une baudruche, risque bien de ne pas faire long feu sous les coups de boutoir d’un questionnement inquisiteur.

Alors que faire, quand on n’a pas le CV parfait, sans trous, sans erreurs et sans échecs… ce qui est finalement le lot de beaucoup ? Revenons à l’essentiel : rendre attractif un CV, ce n’est pas réécrire une histoire et se réinventer un passé fictif et factice, c’est rendre vivant et séduisant un parcours déjà écrit, qui est ce qu’il est et qu’on ne peut pas refaire. C’est savoir mettre en avant ses forces pour tempérer ses faiblesses, c’est assumer ce que l’on est, c’est prendre en charge son passé avec ses succès et ses éventuelles erreurs, ce n’est pas réécrire des pans entiers de son histoire, sous prétexte que celle-ci n’est pas aussi parfaite qu’on aurait pu le souhaiter.