L’évaluation de la motivation du candidat est un exercice aussi indispensable que périlleux dans le cadre d’un recrutement. Le rêve du patron et futur employeur, c’est d’avoir des salariés au moins aussi motivés que lui (c’est-à-dire beaucoup !), qui soient heureux de venir travailler dans son entreprise et qui trouvent du plaisir à ce qu’ils font… Alors, Monsieur le Recruteur, vous pouvez mesurer la motivation de mon candidat ? Mesurer, peut-être pas…  Évaluer, très certainement…

La motivation, c’est quoi, au juste ?…

Définissons d’abord la motivation de façon très pragmatique et opérationnelle : la motivation, c’est ce qui va faire qu’on va avoir plaisir à venir au travail le matin, qu’on va avoir envie de mobiliser son énergie tout au long de la journée, et que le soir on va avoir le sentiment de s’être réalisé soi-même autant que d’avoir travaillé…

 Tous les candidats se disent motivés, sans quoi, ils ne seraient pas là…

Bien sûr, dans ce domaine, le recruteur ne sera pas assez naïf pour s’en tenir aux déclarations enthousiastes du candidat : cette entreprise, c’est celle qu’il toujours souhaité intégrer et ce poste, c’est le poste dont il rêve depuis qu’il est tout petit et même peut-être un peu avant… Tous les candidats à un recrutement, à part ceux peut-être qui n’ont pour objectif que d’explorer le marché ou de se tester, « veulent » le poste qu’ils convoitent et mobilisent leur énergie pour l’obtenir. Les plus « motivés » d’entre eux se démarqueront sans doute en ayant pris soin de préparer leur entretien, en s’étant renseignés sur l’entreprise et le poste, en se projetant déjà dans la fonction comme si l’embauche était acquise…

Si tous expriment une détermination plus ou moins forte, cela n’est pas, en soi, un indicateur suffisant de leur motivation, au sens où nous avons défini celle-ci ci-dessus. Tout dépend des raisons que chacun a de vouloir le poste : par exemple, parce que le salaire est intéressant, ou parce que le poste est proche de son domicile, ou encore plus simplement parce qu’il faut bien travailler…

 Quand le métier s’ancre dans une passion…

L’idéal pour la motivation, c’est quand le poste, de près ou de loin, rencontre une passion, ou quand le métier est plus une vocation qu’un métier. Il y a des métiers, chacun en conviendra, qu’on ne fait pas par hasard… La passion est facile à reconnaître : elle n’a pas besoin de se dire verbalement, elle s’exprime par la chaleur de sa parole, elle se lit dans la flamme du regard et dans l’enthousiasme du discours. Le verbal est inutile, le paraverbal suffit et ne trompe guère. De ce point de vue, la motivation ne se dit pas, elle se montre.

Avoir la chance de pouvoir vivre professionnellement de sa passion est évidemment la meilleure garantie que l’on puisse trouver d’une motivation ardente : jouer dans un orchestre quand on est musicien, travailler dans l’aéronautique quand on est passionné d’aviation, participer au développement durable quand on a la fibre écolo, etc…. C’est à ce genre de situations que pense sans doute Confucius quand il dit :  » Choisis un travail que tu aimes, et tu ne travailleras pas un seul jour de ta vie ».

 Mais quand le métier n’est que travail et labeur…

 Le réalisme oblige à reconnaître que ces situations idéales où « travail » rime avec « passion » ne sont pas légion, en tout cas pas aussi fréquentes qu’on le souhaiterait. Toute motivation n’est pas de l’ordre de la passion et il ne faut pas s’attendre à ce que tout poste proposé à l’embauche suscite un engouement passionné.

Bien sûr, les employeurs sont bien souvent de grands rêveurs et des idéalistes : ils voudraient n’avoir que des passionnés dans leurs équipes, et que la vie serait belle ! Mais soyons sérieux, quelqu’un peut-il réellement se passionner pour la découpe de poulet dans un abattoir de volailles ou pour un travail répétitif de montage sur chaîne ? Et des postes de ce type, il y en a des milliers à pourvoir dans nos entreprises ? Alors, quel type de motivation peut-on attendre ? Et qu’est-ce que cela veut dire recruter des gens motivés quand on a affaire à des postes de cette nature ?

 … ce sont les attitudes qui garantissent la motivation

 A défaut d’aimer le travail qu’il fait, (parce que, il faut bien le reconnaître, ce travail n’est pas toujours « aimable »), on attend du futur salarié qu’il s’implique suffisamment dans ce qu’il fait pour le faire avec sérieux. C’est la motivation a minima, mais peut-être la seule que l’on puisse attendre raisonnablement… Comment s’assurer au moins de ce niveau minimaliste de motivation ? Ce sont les attitudes psychologiques du candidat qui vont donner au recruteur cette garantie  de sérieux professionnel qu’il recherche.

 La notion d’attitude en psychologie sociale

Disons un mot sur ce qu’on appelle une « attitude » en psychologie sociale. L’attitude est une disposition interne durable et constante qui oriente, voire détermine, les comportements. C’est une prédisposition d’action. L’attitude est ainsi une organisation mentale qui se compose de croyances, de connaissances, d’expériences diverses faites au cours de la vie, de valeurs, de préjugés, etc… Autrement dit, c’est un peu le résumé de notre histoire personnelle. Ou encore, c’est l’ensemble des idées que nous avons dans la tête concernant une chose donnée, et en fonction de quoi nous agissons. Tout ou presque peut être objet d’attitudes : la cigarette, le nucléaire, l’étranger, le chômage, les transports en commun, la politique et les politiciens, les patrons et le monde de l’entreprise, et bien d’autres choses encore.

Le comportement au travail, comme tout autre comportement, va être déterminé par un ensemble d’attitudes qui touchent au travail, à l’autorité, à la vie dans l’entreprise, à la relation avec les autres, etc…  attitudes profondes qui font partie de ce que nous sommes. C’est ce qu’on appelle par exemple le sens du devoir, la conscience professionnelle, la fierté personnelle, le respect de l’ordre social, l’altruisme, et bien d’autres encore.

Ces attitudes, pour qui les porte en soi, sont la garantie que tout travail demandé, quel qu’il soit, même peu agréable, même peu valorisant, sera effectué avec sérieux et dans le respect des exigences imposées. Piètre motivation, sans doute, quand le devoir seul se substitue au plaisir, et quand il n’y a d’autre satisfaction que celle du devoir accompli, mais motivation quand même.  Et on ajoutera que cette forme de motivation est fondamentale et qu’on ne peut pas s’en passer. On reconnaîtra volontiers que certains métiers sont passionnants, mais on nous concèdera aussi que dans tout métier, aussi passionnant soit-il, il y a des tâches ingrates, rébarbatives… qu’il faut bien cependant accomplir et qu’il faut faire avec la même implication et la même ardeur que les autres. Qu’est-ce qui peut garantir cette implication si ce n’est la motivation attitudinale dont nous venons de parler ?

 Tout candidat est porteur de projets et d’attentes, par rapport auxquels le travail va se situer…

 Un autre élément important à prendre en compte pour évaluer le niveau de motivation et sa solidité, ce sont les projets personnels et professionnels dont est porteur notre candidat et la manière dont le poste envisagé intervient comme élément dans ces projets. On sait combien la maturité avec la perspective de construire une famille, d’avoir des enfants, d’acheter son logement, etc…(en gros, ce qu’on appelle « devenir adulte ») modifie le regard sur la vie et change parfois profondément les comportements. Le travail devient alors un enjeu important, non seulement en tant que moyen de gagner sa vie, mais aussi en tant que moyen d’acquérir un statut social ou comme moyen de faire des choses intéressantes…

Les projets peuvent être aussi différents qu’il y a d’individus (gagner le plus d’argent possible, obtenir du galon, briller aux yeux de ses semblables, montrer qu’on est le meilleur, accéder à telle fonction enviable, etc…). Il importe dans tous les cas de figure d’examiner comment et en quoi le poste visé s’intègre dans ces projets et contribue à leur réalisation. Ce n’est pas parce que la motivation est ici indirecte qu’elle n’est pas importante. Plus le lien entre le travail et le projet sera proche et intense, plus la garantie de motivation sera élevée….

 Un travail fait pour moi, c’est un travail qui me va comme un gant…

 La motivation, comme on vient de le voir, est fonction des objectifs du futur recruté et de la place que prend le travail dans la réalisation de ces objectifs. Elle est aussi fonction de l’adéquation entre ce qu’il est et les caractéristiques du travail qu’on lui propose. Un travail a d’autant plus de chances de plaire, et donc d’être motivant, qu’il correspond à ce que l’on est. Il y a des tempéraments très actifs que l’on ne voit pas rester statiques derrière un bureau à longueur de journée, il y a des gens minutieux, d’autres que le travail de précision ennuie. Il y a des gens qui ne s’imaginent pas travailler seuls, d’autres qui ne sont pas à l’aise dans la communication interpersonnelle, il y a des gens qui aiment être dans la réflexion et d’autres qui ne se plaisent que dans l’action, etc… Tous les profils sont dans la nature et à peu près tous les types de poste aussi. Evaluer la motivation, de ce point de vue, c’est chercher les points de correspondance (ou de dissonance) entre ce que le candidat est et aime et ce que le poste comporte comme caractéristiques et exigences.

 Résumons-nous.

Comme on le voit, finalement, évaluer la motivation, c’est essentiellement analyser des cohérences et relever des dissonances. D’un côté, il y a un candidat qui peut-être a des passions, qui est porteur de projets, qui arrive avec des attitudes générales et des attentes , qui a des caractéristiques de personnalité qui lui sont propres. Et, de l’autre, il y a un poste avec ses caractéristiques et ses exigences. Plus il y aura de cohérences entre les deux, plus le futur embauché aura de plaisir à venir au travail, parce qu’il y retrouvera son compte, donc plus forte sera sa motivation.

Ce qui revient à dire qu’il n’y a pas de travail motivant en soi, puisque la motivation n’existe que dans la relation entre les attentes d’une personne et ce que le travail lui apporte. En d’autres termes, la motivation est le résultat d’un échange et dépend autant de l’entreprise que du salarié : il ne peut pas y avoir de salariés motivés sans entreprises attractives : attractives par ce qu’elle propose comme qualité de vie au travail, attractives par les perspectives de carrière qu’elles offrent, attractives par les efforts qu’elles font pour rendre le travail le plus intéressant possible, attractives par leur style de management et par la considération qu’elles portent à leur salarié…. Avoir des salariés heureux au travail, ce n’est pas seulement sélectionner des candidats motivés, c’est aussi construire au sein de l’entreprise les conditions de leur bonheur. Vaste programme !

 Il y a des salariés motivés, parce qu’il y a aussi des entreprises motivantes…